dimanche 20 avril 2008

Catastrophe ?




Paris, début du mois d'août 2003, dimanche matin, sept heures.

Il fait très chaud, la canicule bat son plein. Je monte vers les hauteurs du XXe en chantant. La nuit était parfaite et la perspective de retrouver le futon provisoirement posé au milieu de ma nouvelle chambre me réjouit. Je suis ivre et heureux, c'est une combinaison suffisamment rare pour que je la goûte.

Il est quand même sept heures du matin, et je viens de traverser Paris à pied en chantant. Voyons les choses en face, je suis roti. Les quatre étages m'achèvent. Alors que j'introduis ma clé dans la serrure-trois-points flambant neuve, je ne pense plus qu'à mon futon. Seulement, voilà. La clé ne tourne pas. Elle entre, mais ne tourne pas. Je n'en ai qu'une, c'est bien celle-ci. Elle entre. Mais ne tourne pas. Je force. Rien. Merde. Je tapote la porte, espérant débloquer quelque chose, mais non. Nib. Vu l'heure, j'hésite à taper plus énergiquement. Allons, fais marcher ta tête. Il doit y avoir une solution. C'est une serrure neuve, elle doit se faire. J'essaie de soulever la porte en tournant la clé, de la tirer vers moi. Elle rentre, mais ne tourne pas. Salope.

Devant un café fumant, au pied de chez moi, je regarde la fenêtre ouverte de la cuisine. Si seulement je pouvais escalader les quatre étages et rentrer par la fenêtre... J'appelle les pompiers, après tout, je suis enfermé dehors.

- Non monsieur, nous ne déployons pas nos échelles pour aider les gens ivres à rentrer chez eux par la cuisine. Ce dont vous avez besoin, si un café ne résout pas votre problème, c'est d'un serrurier.

- Oui nous nous déplaçons le dimanche matin avec un supplément de cent euros. En tout, pour l'intervention, il faudra compter entre sept et huit cent euros.

- Jamais !

Après tout, c'est mieux comme ça. Ils vont arriver en un éclair, ouvrir la porte avec un laser et un stéthoscope, dans une heure je serai au lit. Je me démerderai avec l'assurance.

Une heure et demie plus tard, je suis avachi dans la cage d'escalier quand un violent bruit de quincaillerie me réveille en sursaut. Un bonhomme vient de laisser tomber un seau métallique rempli d'outils devant mon oreille. Il me souffle la fumée de sa roulée dans la figure et me pose un tas de questions commençant par "alors". Alors, on a fait la fête ? Alors, on dort sur le palier ? Alors, on est enfermé dehors ?

Puis il commence son travail avec la technique de la radiographie : Il glisse un poumon ou un tibia entre la porte et le mur et essaie de faire rentrer la serrure. Avantage : technique silencieuse. Résultat : zéro. Assis par terre dans l'escalier, je lutte contre le sommeil. Toutes les minutes la lumière s'éteint, alors je dois tendre le bras pour appuyer sur un interrupteur placé un tout petit peu plus haut que mon bras n'est long.

Technique numéro deux, le trou dans le bas de la porte pour soulever la tige par le bas. Ce trou, il le creuse littéralement avec un ciseau à bois, en tapant comme un bourrin. Inconvénient : très bruyant. Résultat : zéro. Car comme le remarque mon nouvel ami, elle est neuve et de bonne qualité, cette serrure. Mes cinq nouveaux voisins sortent simultanément en pyjama l'--il hagard. J'ai peur. En tremblant, je leur explique que non je ne suis pas en train de cambrioler l'appartement de monsieur Machin (décédé), je suis le nouveau locataire, et cet homme est serrurier. Ça passe. On m'offre même du café. J'ai de la chance.

Technique numéro trois - ça commence à mal tourner - la perceuse. Le serrurier est enthousiaste. On va percer le barillet et le broyer. Mais c'est plus cher, plutôt mille euros.

- Non, trop cher, laissez tout en plan, la porte bousillée, moi sur le palier, la clé coincée. Tant pis, j'irai vivre ailleurs.

BRRRRRRRRRRRRRR !

Je ne connaissais pas telle sensation. Le bruit. L'extrême-bruit. L'immeuble entier tremble. Des centaines de gens en pyjama se précipitent vers moi depuis les étages de mon immeuble, mais aussi depuis les immeubles du voisinage. C'est la fin. Je. Au secou.

Il est dix heures. Je suis enfin chez moi. Le broyeur de barillet est parti avec un chèque de mille cinq euros que l'assurance me remboursera intégralement dans une semaine.

Aujourd'hui, quatre ans plus tard, assis en tailleurs sur la terrasse de mon bungalow d'Ubud (Bali), je cherche l'inspiration. Cette histoire absolument vraie me revient et je me dis que ça aurait pu être bien pire.

1 commentaire:

  1. Le 29 janvier dernier, Marianne et moi étions venues de Clermont-Ferrand voir Vanessa Paradis aux Folies Bergères. Un concert magnifique mais une petite déception quant à la première partie (dommage pour nous, on l'attendait mais... ce n'était pas Albin). Bref, la soirée passe et on termine derrière les Folies Bergères à attendre les artistes, c'est parti pour une heure et demie dans le froid! Un peu fatiguées de la journée et excitées du concert, on commence à débiter un seau de conneries et à rire pour rien. Et là on entend des coups à quelques mètres de nous, un homme a escaladé le mur d'un immeuble et cogne comme un fou à une fenêtre. Les agents de sécurité viennent alors voir ce qu'il se passe et le mec répond: la porte a claqué on est fermés dehors! Ni une ni deux, Marianne et moi reprenons en choeur "Aie aie aie..." et hop on pousse la chansonnette. On est sûrement passé pour des folles mais l'anecdote est sympa et Albin est sorti quelques minutes plus tard... dommage d'un peu plus c'est lui qui la chantait!

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